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Oct 31

RIZICULTURE

IL FAUT BOOSTER LA PRODUCTION

 

En matière de riz, Madagascar en importe chaque année, que la saison culturale ait été bonne ou non. Cela prouve que la production nationale de riz est fondamentalement insuffisante alors que cette céréale constitue l’aliment de base des Malagasy.

   IMPORTATIONS DE RIZ DE MADAGASCAR CES 5 DERNIERES ANNEES

ANNEE QUANTITE (Tonnes) VALEUR (Ariary)
2013 425 260 424 549 539 283
2014 364 205 356 827 900 040
2015 259 531 278 436 101 168
2016 234 513 286 216 927 508
                   2017 (en cours) 362 417 477 533 067 757

                                                                                                                                  (source: Douanes)

En matière d’importation de riz, les dernières statistiques obtenues auprès de la Direction Générale des Douanes montrent que :

  • Les importations de riz pèsent lourd sur la balance commerciale du pays et contribuent pour une large part à son déficit ;
  • Ces importations ponctionnent sensiblement les réserves en devises de Madagascar.

Pourtant,  ces deux réalités  économiques sont évitables pour peu que Madagascar améliore sa productivité et augmente la surface totale cultivée.

Actuellement à Madagascar, la riziculture est pratiquée sur 1,2 millions d’hectares occupant 2 millions de ménages. Elle est principalement orientée vers l’autoconsommation. Sur cet ensemble des 1,2 millions d’hectares de rizières irriguées, seulement 100 000 hectares bénéficient d’une irrigation normalisée qui peuvent produire 6 tonnes à l’hectare.

Le reste ne produit que 1,5 à 3 tonnes à l’hectare. Comme toutes les autres activités agricoles, et de surcroît quand il s’agit de culture vivrière, la culture du riz est marquée par un faible taux de productivité et de volume de la production : une productivité insuffisante pour assurer la sécurisation alimentaire et nutritionnelle de la population. D’où l’obligation pour le pays d’importer du riz chaque année.

LE MARCHE EXISTE

A travers ces statistiques sur les importations de riz de Madagascar, il est évident que la demande interne est loin d’être satisfaite et donc que le marché existe bel et bien. Il est donc impératif de produire beaucoup plus afin que la production locale additionnelle se substitue à ces importations.

D’après les chiffres fournis par la FAO, la production rizicole malgache a atteint 5 millions de tonnes en 2014 (contre 4,5 millions de tonnes en 2013). Pour 2017, Madagascar va encore enregistrer un déficit de la production suite à la sécheresse intempestive et le passage du cyclone Enawo. Cela va entraîner inéluctablement l’accroissement des importations. Et le niveau actuel des importations déjà réalisées pour l’année en cours (362 471 tonnes) le prouve.

Le prix du riz sur le marché local a toujours été indexé sur le prix du riz importé. Autrement dit, les producteurs locaux n’ont pas à craindre une chute vertigineuse des prix sur le marché local qui les découragerait à produire encore plus. D’autant plus que sur le marché international, la demande de riz n’est pas négligeable.

D’après le « Suivi du marché du riz » (SMR) de la FAO qui analyse l’évolution récente du marché mondial du riz ainsi que les perspectives à court terme, la production mondiale de paddy en 2017 s’élèverait à 758,8 millions de tonnes (503,6 millions de tonnes équivalent usiné, soit de riz blanc).

Selon les dernières estimations, le commerce international de riz au cours de cette même devrait atteindre les 44,2 millions de tonnes. Ce qui ne représente qu’une petite partie de la production mondiale.

La raison est que le riz, avec le maïs et le blé, est l’une des céréales les plus cultivées dans le monde. En revanche, il est peu exporté : Seulement environ 7% de la production mondiale fait l’objet d’un commerce international. Effectivement, le riz en tant que denrée alimentaire est principalement autoconsommé par les pays producteurs.

Autrement dit, la demande mondiale est loin d’être satisfaite. D’autant plus que la moindre incidence climatique défavorable sur la production (sécheresse, inondation…) au niveau des principaux pays producteurs/exportateurs (Inde, Pakistan, Thaïlande, Etats-Unis et Viet Nam) entraîne des répercussions énormes sur le prix du riz sur le marché mondial.

Ce sont là des opportunités que le pays se doit de saisir. Et plus près encore, le marché africain présente une demande non négligeable. Par exemple, le Sénégal, avec une population d’un peu plus de 14 millions d’habitants en 2016, est le 10ème importateur mondial de riz avec 700 à 900 000 tonnes d’importation par an. Mieux encore, d’aucuns ignorent que Madagascar est destiné à le « Grenier de l’océan Indien, de la SADC et du COMESA ». Ce sont des opportunités que le pays ne doit pas rater.

L’APPORT DE L’AMDP

Bien évidemment, la situation actuelle découle du fait qu’il existe bien des contraintes et des entraves au développement de la riziculture à Madagascar. Entre autres on peut citer :

  • La difficulté d’accès au crédit pour la majorité des producteurs. Quoique les institutions de micro-finance se multiplient, le taux de couverture reste insuffisant : le taux de pénétration reste faible par rapport aux besoins ;
  • La faiblesse de l’information et l’absence d’une véritable culture entrepreneuriale qui freine l’intensification ou l’extension de la production agricole ;

Par ailleurs, l’exploitation actuelle se caractérise par la pratique d’une méthode culturale traditionnelle, en général de taille réduite (la superficie moyenne des exploitations est de 2 hectares), peu intensive et à faible rendement. De plus, la faible disponibilité d’engrais ainsi que la persistance des problèmes fonciers entravent une agriculture extensive. L’enclavement des zones d’exploitation ainsi que l’insécurité rurale qui y existe constituent également un frein au développement de la riziculture.

Pourtant Madagascar possède de nombreux atouts pour que la riziculture se développement d’une manière considérable. Le pays présente une superficie de plus de 58,7 millions d’hectares dont plus de 8 millions d’hectare de terre cultivable.

C’est dans ce contexte qu’intervient  l’AMDP afin d’augmenter la production rizicole par la mise en place de projets structurants et pérennes qui permettront de faire face à tous ces problèmes. Cela aura pour effet, entre autres, d’améliorer l’autosuffisance alimentaire « riz », la création d’emplois en milieu rural et donc de renforcer l’insertion des jeunes, la promotion de la filière rizicole et bien évidemment, l’exportation du surplus de riz non consommé sur place.

Cela se réalisera à travers :

  • L’intensification de la production sur des surfaces parcellaires traditionnelles : les paysans riziculteurs parcellaires bénéficieront d’un encadrement technique qui leur permettra d’améliorer sensiblement leur productivité (maîtrise de l’eau, vulgarisation de nouvelles techniques agricoles, sélection de semences nouvelles…). On peut le faire et la culture du riz hybride fournit un excellent exemple. En Chine, on a atteint des rendements record de 16 tonnes/hectare avec ce type de riz. Les essais réalisés à Iavoloha ont permis d’obtenir 10 tonnes/hectare, donc largement au-delà de la productivité moyenne nationale;
  • La mise en place des infrastructures des Centres d’Application de Développement Intégré (CADI), plateforme initiée et gérée par l’AMDP dispensant une formation professionnelle multidisciplinaire et pluri-sectoriel dédiée en particulier aux jeunes et aux femmes. Outre les techniques agricoles et d’élevage qui leurs sont dispensés en vue d’augmenter la production et donc d’améliorer leurs revenus, les auditeurs des CADI sont également formés à la culture entrepreneuriale de manière à les inciter à créer des entreprises viables.

Les résultats attendus devraient permettre de :

  • Soutenir de manière durable la transformation et la professionnalisation du secteur agricole malgache en synergie avec les interventions des partenaires institutionnels déjà en activité ;
  • Améliorer la performance des agriculteurs dans les zones d’intervention ciblées par l’AMDP ;
  • Apporter une pratique innovante en rupture avec les échecs du passé ;
  • Stabiliser la production agricole (dont le riz) à un niveau d’équilibre face à la demande locale grâce à un « secteur agricole hautement productif, responsable et conquérant sur le plan national et régional ».

Encore faut-il souligner que quand la masse critique de production est atteinte, l’Etat mettra en place automatiquement les infrastructures nécessaires et requises ainsi que la sécurisation foncière pour le bon fonctionnement de toutes les activités.